Pourquoi tu ne joues pas pareil selon l’heure de la journée ?
Tu joues à 9 h. Sur le papier, tout va bien : tu as dormi correctement, tu es motivé et tu connais ton pickleball. Pourtant, sur le terrain, quelque chose semble légèrement décalé. Les jambes sont un peu lourdes, tu arrives en retard sur certaines balles et, à la kitchen, ton cerveau avait parfaitement compris qu’il fallait laisser sortir ce speed-up… malheureusement, ta raquette avait déjà pris une autre décision.
Quelques jours plus tard, tu rejoues à 18 h. Cette fois, les déplacements paraissent plus naturels, tu lis mieux certaines situations et tu as l’impression d’avoir davantage de temps pour jouer.
La conclusion est tentante : « Aujourd’hui, j’étais simplement plus en forme. »
Peut-être. Mais il existe une autre piste à laquelle nous pensons rarement : l’heure à laquelle nous jouons pourrait-elle modifier la manière dont nous exprimons notre niveau ?
Bienvenue dans le monde de la chronobiologie.
Ton corps possède une horloge. Et elle ne regarde pas ton planning de tournoi.
La chronobiologie étudie les rythmes biologiques de notre organisme. Parmi eux, le rythme circadien fonctionne sur un cycle proche de 24 heures et participe notamment aux variations du sommeil, de la vigilance, de la température corporelle et de nombreuses fonctions physiologiques.
Autrement dit, notre organisme ne fonctionne pas exactement de la même manière à 7 h, 14 h ou 19 h.
Des recherches en sciences du sport montrent que certaines composantes physiques peuvent varier au cours de la journée. Des travaux portant notamment sur la force, l’explosivité ou l’agilité observent souvent de meilleures valeurs plus tard dans la journée à l’échelle d’un groupe. Mais toutes les capacités ne suivent pas le même schéma, et les résultats concernant la vigilance, la prise de décision ou les fonctions cognitives sont plus variables.
Donc non : la science ne dit pas que tout le monde joue mieux le soir. Elle nous dit quelque chose de beaucoup plus intéressant : certaines capacités peuvent évoluer au fil de la journée, et cette évolution n’est pas identique chez tout le monde.

Ton 9 h n’est peut-être pas mon 9 h
Nous n’avons pas tous la même horloge biologique. Certains présentent un profil plutôt matinal, d’autres plus tardif : c’est ce que l’on appelle le chronotype.
Tu connais probablement quelqu’un capable d’être parfaitement opérationnel et de bonne humeur à 5 h 30. Personnellement, je considère déjà cela comme une performance sportive.
Mais derrière la plaisanterie se cache une vraie question scientifique. Des travaux sur le chronotype suggèrent que notre profil matinal ou tardif peut être associé à la façon dont certaines performances et sensations évoluent au cours de la journée. Le temps écoulé depuis le réveil pourrait lui aussi avoir son importance.
Imagine deux joueurs convoqués à 9 h. Le premier se lève habituellement à 5 h 30. Le second émerge plutôt vers 8 h 30 et a avancé son réveil spécialement pour le tournoi.
Pour l’organisation, les deux commencent à 9 h. Pour leur organisme, ce n’est peut-être pas du tout le même 9 h.

Cela ne permet évidemment pas de calculer une « heure parfaite » pour chacun. Cela suffit simplement à rappeler que l’heure affichée sur la montre ne raconte pas forcément toute l’histoire.
Et au pickleball ?
Un échange à la kitchen demande de percevoir une trajectoire, lire une intention, décider rapidement, positionner sa raquette et exécuter le bon geste. Nos déplacements sollicitent aussi accélération, coordination, équilibre et ajustement du placement.
Plusieurs de ces capacités ont été étudiées dans d’autres sports ou en laboratoire. Il serait donc tentant de transposer directement leurs résultats au pickleball.
Problème : à ma connaissance, aucune étude scientifique n’a directement démontré l’effet du chronotype ou de l’heure de la journée sur la performance au pickleball. Et c’est important de le dire.
Nous avons suffisamment d’éléments pour poser la question. Pas suffisamment pour annoncer que ton meilleur dink apparaît à 17 h 43.
All In Pickle n’a donc pas découvert l’heure secrète du pickleball. Désolé.
Le tournoi de 8 h 30, lui, existe bien
Là où la réflexion devient très concrète, c’est lorsque la compétition choisit l’heure à ta place.
Tu t’entraînes habituellement entre 18 h et 20 h. Puis arrive le tournoi : premier match à 8 h 30, convocation à 7 h 45. À 8 h 12, tu es sur le bord du terrain en train d’essayer de convaincre ton système nerveux que la journée a officiellement commencé.
Une étude menée chez 26 nageurs illustre bien pourquoi il faut rester prudent. En comparant leurs performances sur 200 mètres le matin et le soir, les chercheurs n’ont pas observé de différence significative pour l’ensemble du groupe. Pourtant, en regardant le chronotype et les habitudes d’entraînement, des profils différents apparaissaient.
Évidemment, un nageur n’est pas un joueur de pickleball. Mais l’étude illustre quelque chose d’important : une moyenne peut raconter une histoire différente de celle vécue par chaque sportif.
D’autres travaux suggèrent que les habitudes d’entraînement et l’échauffement peuvent aussi atténuer certaines différences observées selon l’heure. Pas question pour autant de prétendre qu’on peut « reprogrammer son horloge » en trois entraînements matinaux.
Disons simplement que si ton prochain tournoi commence à 8 h, découvrir le pickleball matinal le jour de la compétition n’est peut-être pas l’expérience la plus instructive.
Une réflexion que j’avais déjà rencontrée en kayak
Cette question me parle parce que je l’ai rencontrée bien avant le pickleball.
J’ai passé une grande partie de ma vie sportive dans le kayak, notamment en compétition, puis dans l’encadrement et l’entraînement avec mon diplôme d’éducateur sportif. Avec ces deux regards, j’ai souvent constaté qu’un sportif ne restitue pas mécaniquement son niveau à chaque séance.
Sommeil, récupération, charge d’entraînement, alimentation, état du moment… de nombreux paramètres peuvent modifier les sensations et la manière dont un sportif exprime ses capacités.
La chronobiologie n’explique donc pas tout. Elle ajoute simplement une variable à une équation qui en possède déjà beaucoup.
Une mauvaise séance ne résume pas forcément ton niveau
Nous avons parfois une capacité impressionnante à tirer des conclusions définitives après une heure de jeu : trois revers ratés et notre revers devient catastrophique ; quelques déplacements en retard et notre condition physique disparaît ; une séance compliquée et nous voilà officiellement en régression.
Parfois, évidemment, le problème technique existe réellement. Si ton troisième shot termine dans le filet huit fois de suite, il serait courageux d’accuser uniquement ton rythme circadien.
Mais notre performance du jour n’est pas nécessairement une photographie parfaite de notre niveau. Sommeil, fatigue, stress, récupération, échauffement, habitudes et peut-être heure de la journée composent le contexte dans lequel nous essayons d’exprimer nos capacités.
Ce n’est pas une excuse après un 11-4, 11-6. C’est simplement une bonne raison d’éviter de transformer trop vite une mauvaise séance en verdict définitif.
Alors, à quelle heure joues-tu vraiment le mieux ?
La réponse scientifique la plus sérieuse aujourd’hui est frustrante : nous ne pouvons pas te donner une heure.
Et c’est probablement ce qui rend la question intéressante.
La prochaine fois que tu joues, observe simplement : à quelle heure t’es-tu réveillé ? Comment as-tu dormi ? À quelle heure entres-tu sur le terrain ? Combien de temps te faut-il pour te sentir réellement dedans ? Tes déplacements, tes décisions et tes sensations sont-ils toujours identiques ?
Si tu joues trois bonnes fois à 18 h, inutile d’annoncer immédiatement à ton club que tu as identifié ton pic circadien. Mais sur plusieurs semaines, certaines tendances pourraient devenir intéressantes à observer.
Ce sera justement la question d’un prochain article : peut-on identifier les moments où l’on semble exprimer le mieux son jeu, sans transformer quelques bonnes sensations en vérité scientifique ?
Parce qu’au fond, progresser au pickleball, ce n’est pas uniquement apprendre à mieux frapper la balle.
C’est aussi apprendre à mieux connaître le joueur qui tient la raquette.
Pour aller plus loin
Si tu veux creuser le sujet, voici quelques-unes des études et revues scientifiques sur lesquelles s’appuie cet article.
Vitale JA & Weydahl A. (2017) — Chronotype, Physical Activity, and Sport Performance: A Systematic Review https://doi.org/10.1007/s40279-017-0741-z , Sports Medicine.
Une revue systématique particulièrement intéressante pour comprendre les liens entre chronotype, activité physique et performance sportive.
Thun E. et al. (2015) — Sleep, circadian rhythms, and athletic performance https://doi.org/10.1016/j.smrv.2014.11.003 , Sleep Medicine Reviews.
Une revue utile pour comprendre les relations — et les différences — entre sommeil, rythme circadien et performance.
Facer-Childs ER & Brandstaetter R. (2015) — The Impact of Circadian Phenotype and Time Since Awakening on Diurnal Performance in Athletes https://doi.org/10.1016/j.cub.2014.12.036 , Current Biology.
L’étude qui nous intéresse notamment pour la relation entre chronotype, heure de la journée et temps écoulé depuis le réveil.
Facer-Childs ER et al. (2018) — étude complémentaire sur chronotype, vigilance et performance https://doi.org/10.1186/s40798-018-0162-z
Des travaux intéressants pour comprendre pourquoi les profils matinaux et tardifs peuvent réagir différemment selon le moment de la journée.
Rae DE, Stephenson KJ & Roden LC. (2015) — étude sur le chronotype, l’horaire habituel d’entraînement et la performance matin/soir chez des nageurs https://doi.org/10.1007/s00421-015-3109-9European Journal of Applied Physiology.
Particulièrement intéressante parce que la moyenne du groupe ne montrait pas de différence significative matin/soir, alors que le chronotype et les habitudes d’entraînement faisaient apparaître des profils différents.
Knaier R. et al. (2022) — méta-analyse sur les variations de la performance physique maximale selon le moment de la journée https://doi.org/10.1249/MSS.0000000000002773 , Medicine & Science in Sports & Exercise.
Martin-López A. et al. (2024) — méta-analyse sur les variations de certaines performances neuromusculaires selon le moment de la journée chez des sportifs de sports collectifs. https://doi.org/10.3389/fspor.2024.1466050 , Frontiers in Sports and Active Living.
Pour comprendre la chronobiologie en français
Pour découvrir le sujet sans commencer directement par une publication scientifique en anglais, le CNRS propose également des ressources accessibles au grand public.
Le tic-tac de l’horloge biologique à l’honneur — CNRS Le Journal https://lejournal.cnrs.fr/nos-blogs/aux-frontieres-du-cerveau/le-tic-tac-de-lhorloge-biologique-a-lhonneur
Comment la lumière régit notre sommeil — CNRS Le Journal https://lejournal.cnrs.fr/articles/comment-la-lumiere-regit-notre-sommeil
Ces ressources permettent d’aller plus loin sur l’horloge biologique, les rythmes circadiens, la lumière et le sommeil sans avoir besoin de sortir immédiatement le dictionnaire de physiologie.
